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ARTour 2017
Collecte, collection, collectionneur : un monde à soi

Onzième édition

25.06 > 10.09

Faisant écho à la célébration du centenaire du décès du grand collectionneur et mécène Raoul Warocqué (1870-1917), à l’origine des premières collections du Musée royal de Mariemont, la biennale ARTour propose d’interroger en 2017 les rapports entre les artistes contemporains et la notion de collection.

À l’image de l’entreprise philanthropique de Raoul Warocqué, de nombreuses institutions culturelles existent grâce aux dons et legs de collectionneurs. Les collections d’œuvres sont souvent le reflet des passions et moyens des personnes qui les constituent. Ainsi Warocqué, l’un des hommes les plus riches de la Belgique du début du XXe siècle, avait réuni en son domaine de Mariemont une collection de collections : arbres, livres, porcelaines, artefacts de toutes les civilisations, curiosités…. Aujourd’hui, ce sont les banques, les grandes industries ou les entreprises du luxe qui se constituent des collections d’art contemporain.


Éclectiques ou monomaniaques, de nombreuses collections, par leur caractère systématique et complexe, nous obligent à nous interroger sur la volonté du collectionneur : s’agit-il encore de "faire œuvre" grâce aux œuvres d’autrui ? En rassemblant différentes éditions des œuvres et autographes de Victor Hugo ou de Félicien Rops, Raoul Warocqué n’avait-il pas pour ambition de s’approprier un peu de leur aura autant que de constituer un patrimoine ? A l’instar des cabinets d’amateur ou les cabinets de curiosité d’autrefois, la collection peut-elle être considérée comme une forme de création par procuration ? Le collectionneur serait-il une sorte d’artiste ? Se proclamant amateur, érudit ou expert, le collectionneur peut avoir des rapports parfois complexes et ambivalents avec les œuvres qu’il convoite et les artistes qu’il admire.
Mais qu’en est-il des liens qu’entretiennent les artistes contemporains avec l’idée même de "collection" ? Daniel Buren, qui déclarait l’incompatibilité de la création avec l'acte de collectionner (Collections d’artistes, 2001), vient de présenter, avec Daniel Buren, Une Fresque (2016), les travaux d’un ensemble d’artistes qui ont influencé son travail. Ce faisant, ne constitue-t-il pas une sorte collection, voire un "musée imaginaire" ?
Nombreux sont les artistes modernes qui disposaient d’une collection : Van Gogh et Monet (estampes japonaises), Picasso et Degas (des œuvres de leurs contemporains)… Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Les artistes sont-ils des collectionneurs comme les autres ? Sont-ce nécessairement des œuvres d’art qu’ils rassemblent ? Les collections constituées, à la faveur de rencontres ou d’échanges, traduisent-elles toujours une passion ou témoignent-elles d’un réseau ? La collection est-elle l’antichambre de l’art, comme le laisse entendre Annette Messager ? Voire un laboratoire et l’une des sources d’inspiration de l’œuvre ? Comment thèmes et motifs de la collection sont-ils traités dans leur travail ?
À l’instar de Marcel Broodthaers ou de Damien Hirst (et sa Murderne Collection), quel regard posent les artistes aujourd’hui sur les collections des institutions culturelles (qu’elles accueillent ou non leurs œuvres) ? Enfin, comme un pendant aux questions de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art, si chères au grand penseur et collectionneur Walter Benjamin, quelle place pour les œuvres immatérielles (performances, installations, créations numériques…) et infiniment reproductibles dans les collections privées et les institutions culturelles ?

Sofiane Laghouati
Conservateur au Musée Royal de Mariemont, responsable de la Réserve précieuse de livres et d’autographes (1830 - Contemporain)



les circuits ARTour // ARTour EXPERIENCE

Quelques idées de balades thématiques, quelques suggestions à travers le foisonnement de cette édition de la biennale !

ARTour urbain

les week-ends de 14h à 18h

Le matin > découverte du centre-ville de Soignies (Infos tourisme : rue du Lombard).

À midi >  repas à la Halle aux draps (restaurant) ou au Heaume du Roy (brasserie) à Soignies.

L'après-midi > visite de l’exposition Celui dont le bâton a fleuri à la Collégiale Saint-Vincent à Soignies.
En fin d’après-midi > visite de l’ancienne verrerie de Braine-le-Comte et de l’expo Collection manquante.

Le bon plan > dégustation des Gayettes du pays noir, spécialité locale à la chocolaterie Belgian Blancke quality (sur RDV uniquement : 0476 73 25 32) > Visite de l’atelier dans le cadre d’ARTour.



ARTour Obsession

Marathon louviérois : découvrez le centre-ville et six expos !

Le matin > découverte
- du Château Gilson / expo Les attractions de l’homme lumière, par les Ets Decoux.
- du Centre de la Gravure et de l’Image imprimée (expo Pierre Alechinsky. Les palimpsestes).
- de la Maison du Tourisme (expos Assertions, Alain Bornain et Géologies Thierry Thillier).

À midi / repas au Passatore ou Chez Jules (infos à la Maison du Tourisme, place Jules Mansart).

L'après-midi > découverte :
- du centre Daily-bul & C° (expo Couvertures et Textures, Francis Vloebergs)
- du MILL (expos Collecteur/collectionneur, Baudouin Oosterlynck et En abyme, Dany Danino)
- de Keramis, Centre de la Céramique (expo Sept ans d’acquisition, Introspection)

Le bon plan > après ce marathon enrichissant et épuisant, prenez un verre sur la place Communale (Café des Arts, Trente-Trois Tours, Taverne du Théâtre).


 

ARTour nature

Vous voulez faire le circuit à vélo ? Demandez les circuit La grande boucle ou Pôle muséal louviérois à la Maison du Tourisme (place Jules Mansart 22, La Louvière - 064 26 15 00).
Location de vélos à Bois-du-Luc et à la Maison du Tourisme.

Le matin > découverte de Bois-du-Luc , musée de la mine et du développement durable, et de ses nombreuses expos : De verre et d’os, Art orienté objet / Exposition d’arts numériques, Digitale (re)collection / Mise en service, Léonard Grosfilley et plus encore !

À midi > direction les étangs de Strépypour  un repas au tout nouveau chalet des Étangs (sentier des Prés 9, Strépy-Bracquegnies).

L'après-midi > promenade dans la réserve naturelle des Étangs de Strépy

En fin d’après-midi > à vélo ? Une dernière expo au choix dans le centre de La Louvière !
Vous êtes en voiture et avez encore soif de nature ? Rendez-vous au Musée Royal de Mariemont qui vous accueille dans un parc magnifique et incontournable !


 

ARTour sportif

Vous êtes sportifs et amateurs d’art contemporain ? Deux idées de circuit qui vous combleront ! Il s’agit du circuit Seneffe-Mariemont et du circuit Chefs-d’œuvre UNESCO reliant La Louvière à Binche. Ces circuits sont disponibles ici !

SENEFFE-MARIEMONT

Le matin > rendez-vous au Château de Seneffe (expos La curiosité au XVIIIe siècle et Parcours d’eau). Location de vélos possible.

À midi > repas à l’orangerie du Château.

L'après-midi > circuit Seneffe-Mariemont, arrivée au Musée Royal de Mariemont et visite de l’expo Amas de sables et de perles, Documentation Céline Duval.


LA LOUVIÈRE - BINCHE

Le matin > visite des expositions de Bois-du-Luc, musée de la mine et du développement durable.

À midi > prenez votre repas à Bois-du-Luc. Sinon vous trouverez plusieurs restaurants dans le centre de Binche (Suggestions : La trattoria ou le Cul-de-poule).

L'après-midi > visite du centre-ville de Binche et de ses remparts (le beffroi est classé par l’UNESCO), suivie d’une visite de l’expo « La collection Vonpischmeyer » d’Olivier Goka visible au Musée international du Carnaval et du Masque.

Fin d’après-midi // découverte de la brasserie La Binchoise avec dégustation possible. // Retour La Louvière//


ARTour en famille

Bons plans !

#1 Centre de la Gravure et de l’Image imprimée > tous les mercredis après-midi : gratuit et sans réservation pour les familles.
Visite libre de l'exposition Pierre Alechinsky. Les palimpsestes, espace découverte avec table-matrice, parcours-jeux et barda-jeux disponible à l'accueil.

#2 Centre de la Gravure et de l’Image imprimée > tous les mercredis après-midi : sur réservation (20 €/famille).
Visite interactive de l'exposition Pierre Alechinsky. Les palimpsestes et atelier de gravure (durée 1:30 / max 8 personnes) > infos : 064 27 87 21 ou edu@centredelagravure.be

#3 Rendez-vous le 15 août à Bois-du-Luc, musée de la mine et du développement durable pour une journée en famille (ateliers, jeux, grimages, etc.).

#4 Le 10 septembre, pour la clôture de la biennale, goûter offert dans le cadre des ateliers « Sonic Kids » pour les enfants, vers 16:00 (infos : 064 28 20 00).





 ancienne verrerie de Braine-le-Comte

Collection manquante

Mathieu Boxho / Mario Ferretti / Didier Leemans / Alexis Remacle.

Invités : Jean-François Diord / Frédéric Kruczynski

Un collectif d’artistes se réunit autour de la question de la collection et de son archivage.
Il crée un lieu d’archivage, de stockage, d’une collection invisible ou disparue.

Un espace vide mais organisé, compartimenté : des murs d’étagères, des meubles à tiroirs, des boîtes, etc. Le squelette d’une collection, son organisation rigoureuse, ses thèmes, critères de rangement, catégories et sous-catégories : plans, cartels, étiquettes, tableaux, listes.

Chaque artiste répond ensuite individuellement aux contraintes de cet archivage. Son travail devra s’y confronter, se plier à ses exigences. Il devra se réinventer pour (re)trouver une place dans ce lieu et remettre à jour la collection. Des dessins, peintures et sculptures vont ainsi investir certains espaces de la collection, en révélant ses vides, ses manques, son incomplétude.

Pendant la durée de l’exposition les artistes continueront à créer de nouvelles pièces, à modifier, enrichir la collection.

Collection manquante. Vue de l'exposition A1, aluminium. Galerie Nardone, juin 2016.

Collection manquante. Vue de l'exposition A1, aluminium. Galerie Nardone, juin 2016


 Bois-du-Luc - Musée de la mine et du développement durable

de verre et d'os

Art Orienté Objet. Marion Laval-Jeantet & Benoît Mangin

Le duo parisien nommé Art Orienté objet (Marion Laval-Jeantet, artiste, et Benoît Mangin, metteur en œuvre) place l’écologie au cœur de sa démarche artistique. Depuis 1991, il travaille la question du Vivant à travers installations, performances, vidéos et photographies. Alliant la biologie, les sciences du comportement, l'éthologie ou l'ethnologie à son univers formel, il questionne notre monde, ses structures, mécanismes et dérives dans des créations autant politiques que visionnaires.

Son souci écologique le mène à user de la collecte et du recyclage comme autant de pierres angulaires à l’édification d’une Babel interpellante. De l’os à la plume en passant par la collection de clichés d’oiseaux morts, symboliquement réincarnés par l’aura d’œuvres en néon, les plasticiens conjuguent une actualité souvent dérangeante et des modes de production lowtech. 

Une œuvre engagée propice à faire éclore une réflexion collective et durable sur l'après-Thernobyl, sur notre relation à l'animal, nos modes de production et de consommation et notre futur technologique.



 exposition d'arts numériques

Digitale (re)collection

Stephan Balleux (Be) / Julien Deswaef (Be) / Thomas Israël (Be) / Albertine Meunier (Fr) / Institut de recherche Numediart / CLICK Living Lab (Be) / Jacques Urbanska (Be) & Franck Soudan (Fr) / François Zajega (Be) / Fabien Zocco (Fr) / Mathieu Zurstrassen. En partenariat avec Transcultures.

Transcultures, Centre des cultures numériques et sonores, propose une exposition à l’intersection de la thématique « l’artiste collectionneur » et des arts, pratiques et cultures numériques d’aujourd’hui.

Une sélection d'installations interactives, dispositifs génératifs, connectés et objets plastiques hybrides (dont plusieurs de (re)collection et de ré-appropriation des données qui sont également génératrices d'imaginaires et participent d'une mémoire en mouvement incessant.


art contemporain et patrimoine


mise en service

Léonard Grosfilley

À la base, tout part de la même matière.

Une matière artificielle qui s’inscrit de façon naturelle dans le terrain urbain.

Elle est constituée de peinture séchée, accrochée à un mur sur lequel les allées et venues de graffeurs ont tissé un épiderme, comme la mousse sur une écorce.

Couche après couche, elle s’accumule, couleur après couleur comme les stalagmites grandissent goutte après goutte.

Elles viennent s’ajouter l’une après l’autre, se superposer comme autant de témoignages de vies. Chacune d’entre elles est une page et chaque page s’ajoute au fil du temps pour créer un livre invisible dont la première de couverture masque l’épaisseur et la richesse de ses écrits.

En creusant cette matière, en feuilletant ce livre de couleurs, l’histoire d’anonymes se dévoile strate après strate comme les couches terrestres racontent des époques, décrivent des périodes, rapportent des événements survenus alors et dont il ne reste que des résidus à la valeur insoupçonnée.

Le «Caillou» est composé d’un assemblage de peinture séchée, arrachée directement d’un mur de graffiti.

La peinture récoltée se présente sous forme d’écailles ou de plaques qui seront empilées et collées.

La masse obtenue sera alors érodée grâce à des outils tranchants ou abrasifs.

Au fur et à mesure que la peinture est usée, les couleurs des couches inférieures qui étaient invisibles sous la surface de peinture supérieure apparaissent aléatoirement.

En s’érodant «Le Caillou» révèle les phases où les graffeurs sont intervenus sur le mur, s’annulant les uns après les autres, devenant à chaque fois la surface qui accueillera le suivant.

On entre dans l’histoire du mur.

Lors de la création de la forme finale des «Cailloux», le travail de la matière génère une multitude de morceaux d’aspects, de formes et de tailles variables.

Après les avoirs rassemblés et triés selon leurs tailles, ils sont disposés sur une table d’observation munie de loupes.

Le tri et catégorisation selon leurs critères physiques de ces fragments constituent une bibliothèque de couleur et de forme sans cesse renouvelée.


Léonard Grosfilley. Caillou, socle en bois, peinture séchée, lampe, loupe, 2013

Léonard Grosfilley. Fragment.

Léonard Grosfilley. Caillou, socle en bois, peinture séchée, lampe, loupe, 2013

Jiacinto Branducci

Jiacinto Branducci n’est pas un artiste collectionneur. Il préfère rester attentif aux collections compulsées par les autres. Pas les siennes donc, mais celles de collectionneurs qui prennent du plaisir à tourner les pages d’un album de vignettes, à admirer les murs d’une salle d’attente couverts de reproductions ou à ouvrir les portes des réserves muséales. Le jeune plasticien y voit avant tout des rassemblements d’objets, des séries d’artefacts amoncelés, accumulés. Sans vouloir aborder les questions patrimoniales, intellectuelles ou sociologiques liées à ce processus, l’artiste préfère révéler son caractère formel.



Pas de classement, pas de lecture historique : son désir est de collecter pour appuyer une valeur graphique, voire esthétique. L’intérêt nous apparaît donc par le biais des formes que prennent ces collections. Jiacinto Branducci aime glaner des éléments du quotidien pour les intégrer dans ses créations plastiques et révéler la valeur créative intrinsèque à toute chose. C’est ainsi que les archives du site minier du Bois-du-Luc deviennent ornementales, une manière de permettre aux usagers d’accéder à leur lecture. Pas besoin d’être archiviste ou historien pour pouvoir les déchiffrer. Jiacinto Branducci se veut « passeur » entre une population, un site patrimoine mondial, et son contexte, son histoire. C’est la raison pour laquelle le plan urbanistique de la cité d’habitations voisine, lui-même dessiné en séries, devient le nouveau réceptacle d’un lot d’archives conservé pour ses valeurs graphiques. La collection change alors de statut et devient le motif d’un intérieur familier, plus lisible par ceux qui créent ce patrimoine.


Centre Daily-Bul & Co

COUVERTURES & TEXTURES

Francis Vloebergs

Francis Vloebergs magnifie le livre, et tout spécialement le libre abîmé, blessé, souffrant, désarticulé, en lui offrant une nouvelle vie sous la forme de ce qu'il est convenu d'appeler un "livre-objet", mais qui est en réalité une inventive recréation aboutissant à une œuvre plastique devenue autant peinture (ou relief) matiériste que mémoire indulgente d'un ancien codex détruit par les usages et le temps. (...)

Utilisant des débris de "roofing", de vieux filtres de presse provenant de l'industrie céramique ou encore des restes de technologies thérapeutiques, Francis Vloebergs conçoit de vastes systèmes formels et spatiaux ou les accidents de matières deviennent autant de potentialités dont l'artiste tire parti avec une grande parcimonie mais cependant une subtile pertinence.
Un creux, une griffe, une cicatrice, un éclat, un trait d'outil, un reste de colle ou de peinture sont autant de signes que Francis Vloebergs utilise et interprète pour construire son œuvre. (Pierre-Jean Foulon)


Couvertures et textures de Francis Vloebergs rejoignent et prolongent les réalisations éditoriales menées par le Daily-Bul au gré des revues, livres, livres-objets et livres d'artistes réalisés de 1955 à nos jours. A l'avant-garde sans vouloir l'être à tout prix, les couvertures, tantôt déclinent les couleurs vives du papier teinté dans la masse pour la collection des « Poquettes volantes », tantôt explorent des matériaux aussi divers que des radiographies pour un livre de Topor, du papier peint pour un Chaissac ou encore abritent les textes sous de simples chemises à rabats...

En miroir des couvertures travaillées par l'artiste répondent celles des livres aux reliures précieuses, choisies par l'artiste dans la bibliothèque de la Maison Losseau à Mons et appartenant à l'avocat Léon Losseau (1869-1949), collectionneur compulsif, bibliophile, numismate, membre de multiples sociétés savantes et passionné de photographie.


 

L’ATTRAIT DE LA MATIÈRE

Sans doute, à la réflexion, dois-je redouter la blancheur peu inspirante de la toile apprêtée. D’où le besoin de récupérer des objets de rebut, des matériaux usagés, qui me procurent un support et une émotion utilisables d’emblée, et qui traduisent parfaitement l’usure, l’expression du temps qui passe.

C’est ainsi que mon premier acte créatif réside dans le ramassage sélectif, dans le choix de l’objet récupéré, qui sera assimilé et intégré dans une future composition. Ce qui importe est la prégnance de l’objet qui préexiste à mon intervention.

Les matériaux récupérés représentent à la fois tout un univers, toute une histoire, tout un passé. La main de l’homme les a utilisés, ensuite laissés pour compte. Moi, je tente de les anoblir.

L’idée de sacraliser en quelque sorte le rebut me séduit. Cartons, plâtres, papiers peints, roofings, ardoises… me procurent par le biais de leurs formes, couleurs, textures, grains et pliures un fabuleux potentiel sensible et poétique. De plus, lorsqu’ils sont détournés de leur statut originel, les objets récupérés deviennent un précieux équivalent plastique apportant une esthétique imprévue et insolite.

Depuis peu, mon intérêt s’est porté sur les vieux livres. Je rassure de suite les amoureux de ces précieux objets : je n’ai eu aucun scrupule à les désosser complètement, tellement ils étaient détériorés, au point d’être devenus illisibles.

J’ai cependant ressenti en moi un sentiment très particulier lors du débrochage de ces livres, très différent de celui qui est le mien lors de l’utilisation de substances plus rudes. Il s’est produit alors une sorte de prise de conscience d’un recours à un matériau beaucoup plus noble, porteur souvent d’un passé remarquable, qui a raconté toute une histoire, et apporté l’imaginaire. Parfois naît en moi l’impression de manipuler des reliques, empreintes d’une valeur émotive supplémentaire…

Francis Vloebergs


Château Gilson

Les Attractions de l'homme lumière

Éts. Decoux

Les Éts. Decoux sont une entreprise artistique d'édition de livres basée à Bruxelles.

Documents tirés des collections du Mundaneum choisis et présentés par les Éts. Decoux, accompagnés d'une nouvelle édition originale

Sur les étagères de la salle de lecture du Mundaneum (Mons) sont réunis les volumes de l'Institut international de bibliographie créé à la fin du XIXe s. dans le but d'organiser le Répertoire bibliographique universel. La publication n°84, intitulée Service central des vues pour projections lumineuses, présente, après des gardes d'un noir profond, un texte de quatre pages sur les objectifs et le règlement de ce service, suivi de 272 pages blanches.

Les Éts. Decoux ont voulu éditer le fac-similé de ce volume. Ils espèrent ainsi marquer la dimension poétique de l'ouvrage quand il est soustrait à son contexte et à son usage d'origine. Le livre devient pour l'essentiel un champ sans signe ni accent, peut-être le catalogue de ce Service central des vues pour projections lumineuses réduit à l'essence de son medium : l'éclat.

Le château Gilson (La Louvière) est une belle construction classique, établie sur un plan symétrique. Après le large vestibule d'entrée se distribuent trois salles aujourd'hui consacrées aux expositions.

Les Éts. Decoux réservent une première salle à leur projet d'édition. Dans la salle adjacente, ils assemblent une documentation iconographique. Les documents ont été choisis dans les archives du Mundaneum et proviennent de domaines scientifiques, techniques, historiques ou artistiques. Tous évoquent un Ars Lucis et Umbrae. Des photographies, des estampes, des affiches, des dessins, des journaux et d'autres vieux papiers font apparaître éclairages et lueurs, combinaisons de feux et de ténèbres. L'accrochage serré des documents renvoie aux expositions passées de l’Institut international de bibliographie. Selon l'optique développée par Paul Otlet, montrer constitue la méthode d'une opération documentaire, à égale distance de la mise en scène théâtrale et de la publication 1.

La troisième salle s'offre comme un espace de conférences et de rencontres. Un avis informe que le Service a fait préparer une série de tableaux démonstratifs et des projections lumineuses relatives aux méthodes bibliographiques et documentaires et qu'il les tient à la disposition de ses membres qui désireraient faire des conférences d'initiation et de propagande 2. Mais aucune activité ne se tient dans ce lieu. Son silence fait écho à la vacuité de l'édition donnée à voir dans la première salle. Les Éts. Decoux envisagent seulement d'y faire une communication durant la période d'exposition.

Ainsi, à la dialectique lumière/ombre – beaucoup de collections se plaisant à figurer dans la clarté – s'adjoint la dialectique présence/absence pour manifester, comme le souligne Gérard Wajcman, que toute collection est structurée comme un bonbon fourré [...], fourré de vide, du manque de l'objet 3. La collection fonctionne dans une économie réglée par la perte.

Les Éts. Decoux remercient le Centre culturel régional du Centre et le Mundaneum
de l'attention et du soutien qu'ils portent à la mise en place de ce projet.

1. Paul OTLET, Traité de documentation, Le livre sur le livre, Bruxelles, 1934, p. 359
2. Bulletin de l'Institut international de bibliographie, 1911, p. 263
3. Gérard WAJCMAN, Collection. Essai, Caen, éditions Nous, 2014, p. 64


 

Centre de la gravure et de l'image imprimée

Les Palimpsestes

Pierre Alechinsky


Pierre Alechinsky fête ses 90 ans en 2017 ! Il a choisi le Centre de la Gravure comme institution muséale belge pour célébrer cela !

C’est ainsi qu’en juin 2017, le Centre de la Gravure présente une exposition consacrée à un aspect particulier de son œuvre: les palimpsestes, ou l’utilisation d’anciens documents, de cartes géographiques, d’estampage de mobilier urbain servant de support de création.


Sur trois niveaux d’exposition (1200 m2), plus de 200 œuvres (peintures, dessins, estampes, livres...), couvrant près de 60 ans d’activité de Pierre Alechinsky, mettront en lumière un aspect inédit de sa démarche.



 collégiale st-vincent

autour du mythe de Saint Joseph

Pour une exposition « gigogne » en trois temps

Les tribunes de la Collégiale de Soignies surplombent la chapelle dédiée à saint Joseph.

la-louviere-art-contemporain

Premier temps

Celui dont le bâton a fleuri.

Jean-Pierre Denefve collectionne les images de piété « saint sulpicienne » 1830-1870.
Collection laïque d’art religieux populaire.
Une section est consacrée à Joseph, ses attributs, les représentations de différents moments de son hagiographie.
Ebéniste, menuisier ou charpentier. Elu du Roi David ou « passeur » de la « bonne mort ».

Deuxième temps

Odon Boucq collectionne les outils anciens de menuisier.
Dans de grands coffres en bois il rassemble les plus belles pièces pour les marques - traces, usures laissées par les artisans par l’usage intensif de la main.

Troisième temps

Alain Ceysens a photographié systématiquement ces outils pour une collection de clichés, fidèle à son questionnement sur la relation forme-pensée ; enveloppe et/ou essence des choses.
Il collecte ainsi les signes des liens qui unissent l’agressivité d’une gouge, la sensualité d’une tenaille et le désir de perfection d’une équerre.



PS : l’Église catholique recèle une collection de 45.000 saintes et saints.


domaine du château de seneffe

Parcours d’eau


Le Château de Seneffe est entouré d'un très beau parc comprenant plusieurs plans d'eau.
Cette opportunité nous a conduits à proposer l'actuelle exposition intitulée Parcours d’eau.
Un choix d'artistes aux pratiques différentes pour des propositions en lien avec les multiples espaces du parc feront naître de nouvelles lectures, chacun à sa manière.
C'est ainsi qu'au Jardin des trois terrasses, comprenant deux bassins, s'est tout naturellement installée Isabelle Copet.

Inspirée par les motifs ornementaux présents dans le Château - feuilles d'acanthe des stucs du plafond qui évoquent un mouvement circulaire - Isabelle Copet les a resitués dehors à l'échelle des bassins mais, cette fois, en vue plongeante.

Leo Copers, connu pour ses œuvres déroutantes mariant souvent l'eau et le feu, vient cette fois avec une pièce sculpturale renversée. Patrimoniale !

Une copie du Penseur de Rodin... la tête dans le sable ! Le voilà tombé du socle de la deuxième à la troisième terrasse. Cette fois, Le Penseur se gorge d'eau à mesure des intempéries et des contretemps de la vie.

Dans le très bel espace du Théâtre, Florian Kiniques intervient de telle manière que l'ensemble devient Œil.

Pour Jeter un Œil ... le bassin devient pupille à l'humeur aqueuse noire, la terrasse circulaire devient iris et les oculi inoccupés à l'arrière reçoivent un poème visuel en lien avec l'ombre de midi sur l'arcade sourcilière.
Une longue-vue aidera les distraits.

Outre le pont ! de Jacques Patris à l’Île romantique.
Devenu fontaine, voilà que le pont se pose comme un arc-en-ciel entre la rive et l'île.
Un regard sur les marches fera douter le visiteur du sens de l'écoulement.

Un peu plus loin, Philippe Luyten a choisi le site de "La Goutte", déversoir naturel d'un ruisseau réactivé depuis le point le plus haut du Domaine.
Outre son aspect visuel intriguant, le bouchon surdimensionné -posé sur un des bords escarpés du lieu- suscite aussi quelques réflexions sur le cycle de l'eau et la nécessité du contrôle de notre consommation. C'est la raison pour laquelle l'artiste lui donne le titre de Thinking Sink.
Benoît Félix occupe le Grand bassin à l'arrière du Château avec une pièce surprenante. Longtemps titillé par l'envie de contrer le désir d'apparat des premiers propriétaires, il a réalisé une intervention efficace au titre sans ambiguïté : Moucher la fontaine .
Certains artistes disent les choses en contrepoint.
Kris Fierens a réalisé une canne à pêche aux dimensions totalement folles. Elle fait presque 20 m . Plantée à la verticale, extrêmement fine au sommet, elle se perd dans l'éblouissement du regard.
Quelques oiseaux sculptés scrutent le ciel, ici et là, dans le jardin de la Volière.
Marco Dessardo, connu pour ses barques - sculptures avec lesquelles il a navigué en Mer du Nord, en Mer Baltique, au Canada et sur divers canaux a poursuivi sa navigation dans chaque plan d'eau du Domaine.
Ses barques - aux titres romantiques d'Onda, de Fuga et de Lento - appuyées aux colonnes de la Cour d’honneur sont accompagnées de vidéos illustrant ses voyages au Domaine de Seneffe.

Baudouin Oosterlynck,
commissaire désigné
avril 2017


La curiosité au 18° siècle

Le curieux, l’amateur, le marchand et le conservateur :
Ou l’art d’être collectionneur au 18° siècle…

Traditionnellement associé au cabinet de curiosités, le curieux est encore considéré au 18° siècle comme un personnage qui suscite diplomatie, fortune, instruction, sociabilité, visites et correspondances. Il apparaît en réalité comme un personnage central dans l’affirmation du bon goût et de la connaissance. Une connaissance qui, sans conteste, se développe encore dans la sphère privée tout en privilégiant un savoir universel.


En tant que zone d’observation et de réflexion, le cabinet de curiosités est consacré aux passions du curieux. En tant qu’espace aménagé, c’est un lieu destiné au rangement et au classement d’objets personnels. Les pièces sont choisies principalement pour leur caractère étrange, exotique, scientifique ou merveilleux.
Généralement, le curieux les met en scène. Il les dispose sur des étagères, dans des bacs ou des tiroirs, sur les tablettes de petits meubles ou à l’intérieur d’un secrétaire.
Parfois, les contraintes d’espace l’incitent à mettre les plus grosses pièces à même le sol ou en hauteur. L’idée étant de tout posséder pour tout savoir.

De manière générale, le curieux organise son cabinet autour de deux centres d’intérêts : les naturalia et les artificialia. De quoi s’agit-il ? Les naturalia englobent tout ce qui a été créé par Dieu, c’est-à-dire tout ce qui renvoie aux règnes animal, végétal et minéral, à savoir : les pierres précieuses, les coquillages, les animaux en bocaux, les fleurs rares, les cornes d’origine diverses, les coraux. Les artificialia font référence directement aux réalisations des hommes par l’intermédiaire d’objets en argent, de maquettes architecturales, d’instruments scientifiques, de remèdes médicaux, d’objets archéologiques, de pièces de monnaie, de médailles…

Mis en perspective, le cabinet de curiosités peut alors être associé à la sphère d’influence du curieux. Induisant des liens directs avec sa fortune, ses relations, les lieux qu’il fréquente ainsi que les voyages auxquels il participe.

La manière d’observer et d’analyser les objets présents dans les cabinets de curiosités est, au cours du siècle des Lumières, en complète transformation.
Associé à l’Encyclopédie, aux imprimés et aux instruments scientifiques, l’univers du curieux se transforme ainsi que ses champs d’action. Les découvertes et expériences scientifiques sont à la mode dans les salons mais ne se « collectionnent » pas. Elles rendent donc un peu vaine l’idée de tout posséder et surtout de tout connaître en un seul lieu. Le curieux va donc se spécialiser et participer, à sa manière, à la division des savoirs notamment grâce à la distinction entre les sciences et les arts. L’amateur –qu’il devient-est alors une figure centrale dans l’élaboration des savoirs artistiques . Il portera un siècle plus tard le nom de collectionneur.

Soucieux d’augmenter ses collections, l’amateur est attentif aux changements de son époque. C’est dans ce contexte que le 18e siècle voit la culture devenir objet de négoce. Un marché de l’art se développe et se structure : la circulation des antiquités, l’apparition de boutiques proposant des bibelots exotiques et autres chinoiseries mais également la création d’enseignes dédiées aux objets décoratifs –qui vont des tableaux aux coquillages en passant par les meubles et les sculptures- façonnent cette mouvance.

L’immixtion des financiers et des négociants dans ce domaine change la donne. A l’image d’un marchand mercier –corporation parisienne qui s’est spécialisée dans la vente d’objets de luxe- comme Edmé-François Gersaint (1694-1750) qui possède l’une des enseignes les plus célèbres du « Tout-Paris » située au pont Notre-Dame. Sa réputation se bâtit grâce à des pratiques commerciales innovantes en important en France le concept de ventes aux enchères.

L’utilisation, à bon escient de la presse à des fins publicitaires, permet à ses ventes publiques de se multiplier. Surtout, il conçoit un catalogue de vente raisonné : à vocation commerciale, cet outil fixe la bibliographie, classifie les objets destinés à la vente et détaille les spécificités techniques et scientifiques des œuvres d’art. Toutes ces innovations contribuent au développement d’une curiosité dédiée au marché de l’art qui se développe parallèlement aux musées.

D’importants ouvrages tels que l’Encyclopédie ouvrent la voie à une nouvelle forme de culture : la connaissance de la sculpture antique, l’étude des peintres du passé, la fréquentation des salons artistiques ainsi que le développement de l’esprit critique-défendu par les philosophes et les critiques d’art - vont conduire princes et amateurs à présenter leur collection de manière quasi permanente.

Toutefois, la volonté de réunir dans un seul espace l’ensemble des objets relatifs aux Beaux-Arts semble illusoire pour des particuliers. Le musée voit le jour et prend le relais : c’est avant tout un lieu public qui présente une collection, permet l’apprentissage et développe la sociabilité si importante aux yeux d’une Europe en totale transformation.
Marjolaine Hanssens, directrice-conservatrice (MH)
Florian Medici, attaché scientifique (FM)

Textes extraits du catalogue. La curiosité au XVIIIe siècle, Domaine de Seneffe éd, 2017.


centre keramis

Introspection : 7 ans d’acquisitions


Quel est le point commun entre un lavabo, un service à café, des langues géantes ou 29.000 bâtonnets emmêlés ? Il s’agit d’œuvres en céramique acquises par Keramis ! Bien avant l’ouverture du musée en mai 2015, pour compléter et développer ses collections, l’association Keramis a fait l’acquisition d’œuvres qui couvrent tous les aspects de la création céramique (design, sanitaire, sculpture, art contemporain…). Par quelques achats, des créations in situ et surtout de nombreux dons, le patrimoine du musée s’est significativement étendu. L’exposition Introspection : 7 ans d’acquisitions donne un aperçu de cet ensemble qui semble à peine sorti de l’emballage, et met en évidence l’une des fonctions principales du musée, la collecte du patrimoine.

Investi de cette mission en cette période d’austérité économique, le jeune centre Keramis fait face à un véritable défi : créer et développer ses collections pour constituer un discours exhaustif et cohérent. Et cela lui sera bénéfique puisqu’accroître le patrimoine du musée revitalise son offre et permet des échanges avec des institutions sœurs. De plus, le développement des collections élargit les horizons de la recherche historique.




Keramis a été érigé sur le site de l’ancienne faïencerie Boch Frères (1841-2011) pour en valoriser le riche patrimoine constitué d’un atelier abritant trois anciens fours classés et plusieurs milliers de faïences qui y ont été produites. Les œuvres qui constituent la collection appartiennent à la Fédération Wallonie-Bruxelles, à la Wallonie (Société Régionale d’Investissement de Wallonie), à la Province de Hainaut, à la Ville de La Louvière et à la Fondation Roi Baudouin. A côté des fonds céramiques Boch, Keramis étudie et gère une importante collection de céramiques d’artistes constituée par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Dès la création de l’association Keramis en 2009, les fonds mis à disposition ont été inventoriés et étudiés. La connaissance des forces et faiblesses de la collection a permis de définir une politique d’acquisition opportuniste et ciblée autour de la production Boch, de la céramique d’artistes et du design. Le musée réalise des achats auprès de professionnels, dans les salles de ventes ou les foires, mais également auprès de personnes privées, et même parfois sur les trottoirs de brocantes. Toutefois, la collection ne serait pas celle d’aujourd’hui sans les nombreux dons d’amateurs, de collectionneurs avertis ou d’artistes qui ont permis de combler certaines lacunes. Des domaines restent pourtant en friche comme le domaine du sanitaire dont la connaissance est parcellaire.




Après sept ans d’acquisitions, il y a déjà tant de choses à voir dans les salles de ce jeune musée mais il lui reste encore tant de choses à acquérir. ARTour vous dévoile Keramis sous ses traits de fervent collectionneur !


Maison du tourisme du parc des canaux et châteaux

Déluges intimes, économie de signes

Thierry Tillier

 

De la visibilité du monde et de son inventaire…

L'Europe méditerranéenne à l'échelle 1/18.000.000 – Des visages maquillés décontenancés – Une légende en couleur des sols du Luxembourg – Un croisé avec son épée, son fourreau, sa cape, sa cotte de maille et son bouclier – Une vamp en uniforme – Une plante, ses feuilles, sa fleur et son fruit – Des cyclistes – Le visage d'une aborigène – Des métiers à tisser – La taille d'une femme vissée dans un corset de cuir…

Simulation et indifférence

Les figures, extraites de leur contexte d'origine, de leur espace et de leur temps par Thierry Tillier, semblent se côtoyer indifféremment sur ses étendues de papier blanc. Le visage apathique d'une aborigène peut avoisiner le corps provocant d'un mannequin élancé, et les photos d'enfance, se présenter sur de vieilles cartes politiques lithographiées… Pour l'artiste, il s'agit de n'avoir aucun a priori sur les images manipulées. Dans ce cas, on peut se demander ce qui distingue cette activité de ce que Baudrillard dénonce : un système qui réduit tout terme, toute figure, à l'indifférence et à la neutralisation en le rendant "parfaitement commutable" avec son voisin.1 Tout peut figurer dans les collages de Thierry Tillier, mais on n'y retrouve pas tout. A partir du moment où un "choix draconien"2 s'opère au niveau de la sélection des images, on s'éloigne forcément d'un système noyant les images dans la neutralité et l'indifférence. Cependant, il est vrai qu'aucune règle ne pourrait résumer ces critères de sélection...
Saisie « »

"Ce que l'œil voit et convoite…", retranscrit Thierry Tillier, "…que ta main s'en saisisse", précise-t-il, retouchant sensiblement l'énoncé du mystique rhénan Jean de Brünn. Prescription individuelle à la vie et à son accomplissement par les sens ou douce ironie à l'adresse d'un spectateur extatique, figé dans la contemplation de cette esthétique outrancière ? Thierry Tillier sème en tout cas le doute face à ces images de corps "se décrivant eux-mêmes" et paraissant univoques. Il déterritorialise ces figures féminines, les expatrie, crée une rupture, un déchirement. Ces dernières générations de top-modèles aux attitudes maîtrisées et aux tirages illimités, retrouvent la singularité d'une découpe accidentelle, d'un défaut d'impression ou simplement la possibilité d'être altérées. On peut, à ce niveau, penser aux débuts du pop art (le pop anglais notamment), où certains artistes vont également développer une réelle "conscience du matériau choisi" et un "instinct de collecte"3 des images diffusées dans leur quotidien. C'est bien avec le pop art que l'on prend conscience de l'intérêt à intégrer l'imagerie érotique issue des mass media au sein de l'activité créative. Et c'est dans ce cadre que va se développer une recherche esthétique tout à fait spécifique participant d'une "déification dépassionnée de l'objet commun".

Les collages de Tillier se formulent dans un aller-retour permanent entre la prolifération des signes et leur occultation partielle ou leur disparition. Ces effigies appliquées ou arrachées, renvoient naturellement aux affiches de Villegle et de Rotella, mais également aux collages de Schwitters. Pour Thierry Tillier, un collage n'est jamais achevé, certaines images peuvent toujours être ajoutées ou arrachées, et celui-ci peut même être complètement détruit au final. Tout est disponible, seule subsiste la possibilité de retravailler de manière incessante ces matériaux naturellement altérables.

Post Scriptum

C’est souvent à travers l’ornement que cet univers éclaté retrouve son unité, mais c’est aussi dans ce miroitement sans fin, cet abîme, que se dissolvent les figures individuelles (on pense à l’œuvre de Klimt par exemple). Chez Thierry Tillier, tout comme dans beaucoup de récits symbolistes, les silhouettes individuelles peuvent se perdre dans l’espace. Le regard des figures féminines sont extraites, laissant tantôt apparaître la blancheur du papier sur lequel elles ont été apposées, et tantôt les images qui les ont précédées. Une carte évoquant les épisodes des conquêtes de Philippe Lebon peut orner des seins arborés lors d’un défilé de haute couture qui peuvent eux-mêmes compléter l’effigie d’une vierge du moyen-âge. C’est comme une histoire qui s’impose, où tout est susceptible de prendre le relais sur tout. Les images en viennent même à faire corps entre elles: les muscles tendus d’une femme apparaissent de même nature que les reliefs d’une chaîne de montagne et les sangles de cuir rejoignent les artères d’une carte routière. Ces reproductions ne sont pas juxtaposées, elles se succèdent et se superposent sur le papier, se dessinant alors suivant une nouvelle chronologie… qui semble sans fin.

Annabelle Dupret


Assertions

Alain Bornain

Textes dactylographiés sur papier à en-tête de Palaces, 2007 - …

Ces assertions, vérités prétendues, dactylographiées en rouge, couleur de la Vie, nous renvoient à des phénomènes liés à notre condition, à notre environnement et à notre fragilité.
Leur réalisation est le résultat de la rencontre de deux collections :
D’une part, des textes collectés au gré de lectures diverses. Statistiques, informations et autres données géopolitiques, démographiques ou économiques liées au corps humain, à l’univers, à l’Homme.
D’autre part, une collection de papiers à en-tête des plus grands Palaces de part le monde, ces lieux qui évoquent le passage, le transit mais aussi et surtout le pouvoir et le luxe.
Quand deux collections se rencontrent…
Quand deux vanités se rencontrent.




Musée ianchelevici

Collecteur / collectionneur

Baudouin Oosterlynck

Plasticien belge né à Courtrai en 1946, Baudouin Oosterlynck illustre parfaitement l'esprit curieux de l'artiste collectionneur.

Si le public connait les étonnants travaux de ce touche-à-tout sur le son, sa formidable collection de lunettes et son importante collection d'œuvres contemporaines sont tout à fait inédites. L'une et l'autre révèlent pourtant un même intérêt pour l'univers de l'optique et témoignent de liens insoupçonnés avec la démarche artistique personnelle de Baudouin Oosterlynck.
L'exposition met en lumière les rapports entre les mécanismes optiques et les instruments d'écoute que cet artiste du son crée depuis bientôt plus de 25 ans.

arts plastiques

arts plastiques expo la louvière

Dans la grande salle, à la manière d'un cabinet de curiosités, cent cinquante paires de lunettes de toute époque et de toute spécificité voisinent les objets sonores ou les prothèses acoustiques les plus farfelues, à première vue, car la démarche musicale de l'artiste est rigoureuse et méthodique. Dans les 3 salles carrées, Baudouin Oosterlynck a choisi des œuvres d'artistes de sa collection avec lesquelles il entre en résonance avec ses propres travaux. La manifestation est complétée par une sélection de dessins de l’artiste assortis de notes manuscrites.

L'ensemble explore les multiples facettes d’une œuvre singulière et poétique qui induit une relation particulière entre le corps du spectateur et l’espace qui l'entoure. A travers des expériences uniques, l'artiste propose d’entendre le monde différemment en invitant l’auditeur à manipuler quelques-uns de ses instruments d'écoute, une démarche multi sensorielle accessible également au public déficient-visuel à travers des animations adaptées.

Valérie Formery



Musée International du Carnaval et du Masque de Binche

La Collection Vonpischmeyer

Olivier Goka

 

Dès les débuts de la colonisation de l’Afrique au XIXe siècle et la découverte des arts dits "premiers", les artistes du monde entier ont été fascinés par la diversité, la richesse, la force esthétique des arts traditionnels, notamment d’Afrique Centrale. Le célèbre poète Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso ou Amadeo Modigliani, parmi tant d’autres dans l’Art Moderne, ont collectionné ces objets ou s’en sont inspirés jusqu’à aujourd’hui. Par ailleurs, dans un art contemporain africain en plein essor, de plus en plus en vue sur le marché international, c’est un autre volet de la création qui se démarque et inspire de nombreux créateurs : la réalisation d’œuvres fortes avec des éléments de tous les jours, issus de la consommation quotidienne et ses rebuts, comme le plastique, le fil de métal, bref, la récupération en tous genres.

L’artiste belge Olivier Goka revisite à sa manière ces deux aspects fondamentaux de la création africaine. En partant de plastique recyclé consciencieusement récolté durant des années, principalement à Bruxelles, il a constitué avec un humour, une précision et un sens de la forme redoutables, une vraie fausse collection d’arts premiers entièrement réalisée en plastique assemblé, comme un clin d’œil à l’histoire et au patrimoine de l’ancienne colonie belge qu’a été le Congo. Cet ensemble toujours en élaboration, montré pour la première fois au Botanique, à Bruxelles, en marge de l’exposition « Congo en Marche » dédié à l’art contemporain de RDC (2007), a conquis déjà de nombreux collectionneurs, spécialistes et lieux d’exposition. Elle fut montrée au Musée Royal de l’Afrique à Tervuren, face à ses collections internationalement reconnues, à la Galerie Didier Claes (2015), ou encore, à la galerie l’Art Pur, à Riyad (2016).

La collection Vonpischemeyer, du nom de ce collectionneur imaginaire, double de l’artiste, propose un voyage dans l’histoire, les formes et les matériaux, mais questionne aussi les enjeux du recyclage, les limites entre l’art, le design, une savoureuse mythologie de l’électroménager, la réappropriation des objets usuels dans la pratique artistique.

En posant des questions sur la noblesse des matériaux, les enjeux muséaux ou des galeries d’arts premiers, ou encore sur la notion de collection, elle prend des sens variables. C’est tout naturellement qu’elle trouve sa place dans la magnifique collection du musée du masque à Binche, dans une biennale tournant autour du thème de la collection.

François Delvoye
commissaire de l’exposition

Une exposition

Photographies : Bernard Babette

Musée Royal de Mariemont

amas de sables et de perles

documentation céline duval

"Pour changer notre regard sur ce que la notion de collection convoque habituellement dans nos imaginaires, le Musée royal de Mariemont fait un pas de côté en invitant la documentation céline duval à exposer son œuvre qui est, du reste, l’objet d’un malentendu.

Car, lors de ses explorations des collections privées ou publiques, ce n’est pas tant la valorisation artistique d’un patrimoine visuel qui est au cœur de son œuvre mais bien l’immersion et les trouvailles que celles-ci permettent.
Lorsqu’elle plonge dans le fond de nos mémoires collectives, individuelles ou familiales c’est pour y trouver, à l’instar d’une pêcheuse de perles, toutes sortes de joyaux. Qu’elles soient privées ou publiques, qu’elles passent d’un statut à l’autre comme dans le cas de l’archive, de la publicité ou de la carte postale, ces images détiennent des secrets que l’artiste, à la manière d’un joaillier, révèle par un nouveau sertissage, un recadrage, un montage ou par la mise en série…
Ces trouvailles sont autant de perles constituant l’alphabet de son langage graphique. "

Sofiane Laghouati


quartier théâtre

Une archéologie des blessures

Juan Paparella

 

Une mise en scène, un parcours dans lequel les différents objets proposent de créer un dialogue.
L’installation accompagne le spectateur dans son parcours spatial en lien direct avec l’architecture. Une question de temps : au fur et mesure qu’on avance, on découvre l’entièreté du travail et on finit par assembler dans notre perception la totalité de la proposition.

C’est une collecte qui devient, par la répétition des objets d’une même appartenance, collection archéologique d’un Musée Imaginaire d’Histoire Naturelle. Des ossements qui ont séjourné pendant des années sous l’eau, soignés et nettoyés, ils se présentent comme une sorte de vanité, d’interprétation du temps qui passe, de la fragilité des choses, de notre condition humaine.
De nos questionnements les plus intimes.

La beauté contenue dans la tragédie quotidienne.

ARTour - art contemporain et patrimoine